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CAHIERS DE LITTéRATURE FRANçAISE

Cahiers de littérature française V<BR>Ballons et regards d’en haut (a cura di Michel Delon et Jean M. Goulemot ) Titolo Cahiers de littérature française V
Ballons et regards d’en haut (a cura di Michel Delon et Jean M. Goulemot )
Autore AA VV
Anno 2007
ISBN 978-88-95184-41-8
Dati p. 162
Collana Cahiers de littérature française - Cahiers de littérature française
Prezzo
  •  Libro: 14.00€
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On n’en a jamais fini avec les montgolfières. Elles constituaient un objet multiple pour les collectionneurs, un moyen de retrouver les vertiges d’Icare pour les passionnés du vol aérostatique, qui peuplaient, le beau temps revenu, le ciel européen. Et voilà qu’elles sollicitent ici, avec une force peu commune, l’intérêt d’historiens du littéraire et du culturel. On les croyait vouées à la thésaurisation maniaque, à la recherche de sensations fortes, ou vouées à être le domaine réservé des historiens de l’aéronautique. Il n’en est rien. Un usage du ballon en cache toujours un autre. Ainsi va la vie, ainsi va aussi la recherche. Et peut-être vont-elles d’un même pas, nonchalant et le nez au vent. Sur les ballons se focalise une batterie de questions qui les soumettent à une interrogation passionnante sur les pratiques, les imaginaires et les passions des dernières années de l’Ancien Régime.
Cette époque se découvre un goût pour la science. On objectera que la science a une histoire vieille de plusieurs millénaires et que, chez les Grecs déjà, physique, botanique et philosophie n’étaient pas incompatibles, qu’au xviie siècle, Descartes fut philosophe et physicien, que l’Académie des sciences n’a guère chômé depuis sa création, que les philosophes n’ont pas dédaigné les mathématiques (Diderot), la physique (Voltaire), l’expérimentation (sur les effets du froid par Montesquieu), la botanique (Rousseau). Sans parler bien évidemment de Buffon qui mêle philosophie et histoire naturelle et de tous les divulgateurs de Newton (Algarotti, Voltaire) ou de ceux qui utilisent les connaissances scientifiques à des fins religieuses (abbé Pluche) ou confondent un peu trop curiosité et esprit scientifique... Ce qui change avec la deuxième moitié du xviiie siècle, c’est l’accroissement, mais on ne peut parler sans nuancer, comme on le verra, de la démocratisation du public scientifique.
En 1783, date des premières ascensions, depuis quelques décennies déjà, l’information scientifique circule dans l’Europe entière. Grâce à l’Histoire des ouvrages des savans, à nombre de périodiques généralistes, aux mémoires des diverses académies des sciences (en priorité la française et l’anglaise), aux travaux rendus publics des académies de province, les expériences, les découvertes sont immédiatement portées à la connaissance de lecteurs attentifs. L’information touche tous les amateurs éclairés. Mais rappelons aussi que ces mémoires à gravures, ces périodiques spécialisés sont coûteux, et leur circulation malgré tout limitée. Sans doute existe-t-il des laboratoires privés : dans les locaux des académies de province comme à Bordeaux ou à Montpellier, dans certains châteaux, tel celui où expérimentent Mme du Châtelet et Voltaire, les cabinets de curiosité sont encore actifs. Mais, et c’est une évidence, l’expérimentation aérostatique marque avec tout ce mouvement de vulgarisation une réelle et profonde rupture. Son laboratoire est un lieu public, son expérience se déroule au regard de tous. Le public en est le témoin et le garant de sa réussite ; sans aller jusqu’à prétendre que la vérification de l’expérience par ces milliers d’yeux dressés vers le ciel a un sens démocratique. Tout au plus dans une société profondément hiérarchisée, ce public mélangé peut donner l’illusion d’une unanimité, bien absente dans la réalité, comme devait le démontrer la crise de 1788 et ses suites.
Les ascensions publiques créent un événement singulier. Le résultat est isolé de son procès d’élaboration. On peut ignorer les recherches académiques sur l’hydrogène et les gaz plus légers que l’air, les débats sur le vol, et assister, vierge de tout savoir, à ce miracle du vol humain. Jamais sans doute une démarche scientifique n’avait été ainsi livrée dans son immédiateté, dans son résultat pratique, dans son aspect spectaculaire. Il y a du théâtre dans le spectacle de l’ascension. Les ballons sont décorés, peints, ornés de rubans. Ce qui explique en partie que les arts décoratifs lui rendront au centuple ce que les nacelles, le globe, lui ont emprunté. Les aéronautes ne sont pas des savants mais des entrepreneurs. L’expérience à laquelle on assiste a des allures de fête. Le public parfois force les portes de ce théâtre en plein air pour y assister. Voilà un événement qui aura tout de suite un écho public. La presse s’en empare. L’Europe rêve à ces ballons, à tout ce qu’ils promettent. L’homme volant, ce rêve enfin réalisé, ouvre d’autres espaces à l’imagination. On pense à de nouvelles découvertes, à de nouvelles conquêtes. On s’interroge aussi sur ce Ciel qui n’est plus seulement ce lieu où l’on situe le Paradis ou dont on fait le siège de la divinité.
Ce qui ne veut pas dire que l’orgueil d’avoir vaincu cette malédiction séculaire qui clouait l’homme au sol et lui faisait envier le vol des oiseaux, ait chassé toutes les peurs et toutes les angoisses. Au point que l’on peut aussi interpréter la présence envahissante des montgolfières dans les arts décoratifs non seulement comme une mode, un engouement, mais aussi comme une façon de rendre familières ces machines étranges, en un mot de les apprivoiser. Objet de poésie, de réflexions techniques, devenu péripétie narrative ou sujet de réflexion philosophique, entre la mode éphémère et la longue durée, le ballon est soumis aux usages les plus divers. Ce qui s’élève dans le ciel, ce qui se donne à voir dans l’espace, ce sont aussi les secrets profonds du corps humain. Au fil du vent apparaissent des pulsions et des hantises. Des récits érotiques des Lumières aux rêveries de Raymond Roussel, la montgolfière devient l’aveuglant objet du désir.

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